TOP 50 ANNEES 2010

January 26, 2020

Nous sommes à présent en 2020. Il est donc l'heure de faire le bilan sur ces dix dernières années de cinéma. J'ai essayé de faire transparaître ma vision du cinéma, en tentant de classer ces films en fonction desquels allaient me marquer le plus, et s'imposer comme des références pour les années à venir. Vous vous doutez bien qu'il y a encore une palanquée de bons films que je n'oublierai pas, mais le but du jeu était d'en choisir 50, donc voici ceux qui me viendront probablement à l'esprit le plus spontanément quand j'évoquerai cette décennie cinématographique. Je me suis cependant imposé une règle : pas plus de deux films par réalisateur, à laquelle j'ai accordé une seule exception pour un film d'un cinéaste en particulier. Cette liste m'est très personnelle, donc pas la peine de s'offusquer qu'un de vos films préférés n'y figure pas, ou n'est pas classé assez haut. J'ai simplement tenté d'imaginer quelles seraient mes principales références cinématographiques de cette décennie, si l'on me posait la question dans quelques années. Je vous présente donc mon Top 50 des films des années 2010.

 

 

 

 

 

TOP 50

 

.

.

.

.

.

 

 

50. ONLY LOVERS LEFT ALIVE

 

Réalisé par Jim Jarmusch

Outre la beauté du titre, ce long-métrage de Jim Jarmusch revient de façon assez originale sur une des créatures les plus célèbres, avec au programme deux vampires amoureux à notre époque, dans un film parcouru par un certain spleen sur fond de guitare électrique. L'atmosphère lancinante et les teintes de couleurs chaudes rendent une douceur assez palpable, contrastant avec l'aspect sanguinaire des vampires. Le personnage incarné par Tom Hiddleston vit reclus, limitant les interactions humaines (qu'il surnomme "zombies") à l'approvisionnement de sang et à son attrait pour la musique. En plus de proposer une modernisation du mythe du vampire, transposé au 21ème siècle, Jim Jarmusch, s'interroge, à travers ces êtres immortels, sur l'héritage de l'Art à travers les époques, et l'évolution de la créativité des Hommes.

 

Bande-annonce :

 

 

 

 

 

 

49. LA CHASSE

 

Réalisé par Thomas Vinterberg

Rarement un film m’aura autant énervé. Rassurez-vous, sa qualité n’est pas mise en cause ici, en témoigne sa place dans ce Top. Le film parle de Lucas, un professeur d’école maternelle, se retrouvant accusé à tort de pédophilie. Thomas Vinterberg vient s’intéresser ici aux conséquences de cette accusation au sein du milieu social dans lequel évolue Lucas. Comment son entourage, ses voisins, ses collègues, ou les autres habitants vont réagir, et surtout comment Lucas va gérer cette tempête dirigée injustement contre lui. Mads Mikkelsen, récompensé du Prix d’interprétation à Cannes, tient ici un de ses meilleurs rôles, dans ce portrait d’un homme brisé, acculé, tentant de garder sa dignité, pendant que sa vie semble s’écrouler. La séquence à l’église est une des plus saisissantes de sa carrière. La Chasse est tableau sombre d’une société faisant sa propre justice, face au désespoir d’un homme demandant juste l’ouverture d’esprit et l'écoute de ses pairs. Un film qui a d’autant plus de résonance de nos jours avec le mouvement #MeToo, démontrant que si la libération de la parole est indéniablement positive et libératrice, certaines déviances appellent à la prudence.

 

Bande-annonce :

 

 

 

 

 

 

48. MUD, SUR LES RIVES DU MISSISSIPI

 

Réalisé par Jeff Nichols

Mud est une confirmation que Jeff Nichols est un des cinéastes les plus intéressants de cette décennie (et à venir espérons-le). Dans ce très beau récit initiatique, deux jeunes garçons vont rencontrer sur un îlot un ermite dénommé Mud (campé par Matthew McConaughey), et décideront de l’aider à partir retrouver son amour de jeunesse, la belle et énigmatique Juniper (Reese Witherspoon). Ici, le milieu social des personnages n’est absolument pas utilisé à des fins misérabilistes, mais plutôt comme un contexte, dans lequel ils se permettent de rêver, et de repousser leurs limites. Jeff Nichols livre une mise en scène épurée, sublimant les grands espaces fluviaux de cette région, décor idyllique pour laisser place aux aspirations des personnages. Si Mud navigue habilement entre les genres, passant du drame romantique au thriller, ou au film d’aventure, c’est avant tout un film sur l’enfance, probablement l’un des plus beaux de ces dernières années, puisant sa force dans un lyrisme romantique et rêveur.

 

Bande-annonce :

 

 

 

 

 

47. SNOWPIERCER

 

 

Réalisé par Bong Joon-ho

En 2031, la planète est plongée dans une ère glaciaire totale, et les derniers survivants vivent dans un train tournant autour du globe, dans lequel les schémas sociétaux sont conservés. Pour son premier film en anglais, Bong Joon-ho choisi d’adapter une bande-dessinée Française, et s’entoure d’un casting de talent : Chris Evans, Tilda Swinton, John Hurt, Ed Harris, Octavia Spencer, et son acteur fétiche depuis Memories of Murder : le brillant Song Kang-ho. Une histoire totalement en adéquation avec les problématiques sociales qu’affectionne le cinéaste Coréen, dans laquelle s’opèrera une véritable lutte des classes à bord de ce train à grande vitesse. Ce qui est très intéressant dans ce film, c’est qu’à chaque fois que les personnages pénètrent dans un nouveau wagon, le décor change radicalement, et la mise en scène change de style aussi. C’est un film qui se renouvelle constamment, pour proposer un spectacle effréné, sur fond de propos sur les inégalités.

 

Bande-annonce :

 

 

 

 

 

 

46. ONCLE BOONMEE, CELUI QUI SE SOUVIENT DE SES VIES ANTÉRIEURES

 

Réalisé par Apichatpong Weerasethakul

Palme d’Or en 2010, Oncle Boonmee est une expérience pour le moins singulière mais très intéressante. Ce qui frappe dans ce film c’est d’y voir une culture, un système de croyances nettement différent de nous occidentaux, mais en même temps assez familier pour y être sensible. Cette plongée dans la jungle Thaïlandaise, à travers les derniers moments de vie d’un agriculteur, nous apporte une vision de l’au-delà assez originale, entre apparitions fantomatiques et réincarnation en esprit animal (les fameux singes fantômes). L’atmosphère du film dégage une sérénité déconcertante de beauté, notamment grâce à un travail sonore captant chaque bruitage naturel avec une grande authenticité. Le rythme se veut lent, comme une longue mais paisible attente de la mort. Laissez-vous porter dans cette jungle presque onirique, pour les derniers instants de la vie de Boonmee.

 

Bande-annonce :

 

 

 

 

 

 

45. MOMMY

 

Réalisé par Xavier Dolan

Ce n'est pas un hasard si Mommy est le film le plus acclamé de Xavier Dolan. Pour son cinquième long-métrage, il opte pour format carré en 1:1 afin de souligner l'enfermement psychologique des personnages (il en jouera à deux reprises), ce qui confère également des plans "portraits" réellement sublimes. Dolan fait tout pour mettre en valeur ses comédiens, tous assez fabuleux, il faut le noter. Il est d'ailleurs flagrant que le jeune cinéaste (24 ans lors du tournage) aime profondément ses personnages, posant un regard sans aucun jugement, plein de compassion, permettant aux acteurs de se libérer et de nous offrir de grands moments d'émotion. Outre son talent de mise en scène indéniable, Xavier Dolan arrive toujours à proposer de très belles séquences musicales, figurant ici parmi les plus mémorables du film comme celles avec Wonderwall d'Oasis et On ne change pas de Céline Dion. La figure maternelle qui l'obsède à travers sa filmographie trouve ici son sommet, dans cet émouvant portrait de laissés pour compte cherchant à briser les limites que leur impose la vie.

 

Bande-annonce :

 

  

 

 

 

 

44. STEVE JOBS

 

Réalisé par Danny Boyle

Voilà un très bel exemple du biopic qui sort complètement des codes de son genre. Ici, on ne va pas suivre la vie de l’ancien PDG d’Apple de manière linéaire en s’attardant sur son enfance ou ses débuts dans son garage avec Steve Wozniak. Le film est structuré en 3 parties distinctes, chacune se concentrant les moments précédents les fameuses « keynotes » lors du lancement d’un produit. Si la structure du scénario d’Aaron Sorkin est déjà très intéressante, et permet de raconter des choses sur la vie personnelle de Steve Jobs et sur sa façon de travailler, on est évidemment servis par des dialogues de haute volée donnant un rythme effréné au récit. Le style d’écriture du célèbre scénariste confère au film une ambiance effervescente, notamment grâce aux dialogues et au déroulement en temps réel de chaque partie, représentant parfaitement ce fourmillement que doit être l’organisation de conférences de genre. La mise en scène de Danny Boyle n’est pas en reste également, et propose déjà un style visuel intéressant, en filmant chaque partie avec un type de caméra (en pellicule 16mm, 35mm, puis une caméra numérique HD) différent, puisque l’histoire se déroule à 3 époques différentes. Michael Fassbender offre peut-être la meilleure performance de sa carrière, et arrive à transmettre à la fois toute l’arrogance, mais aussi l’humanité de Jobs. Certaines séquences de dialogues sont assez impressionnantes, presque étouffantes, tant on est pris dans un tourbillon de colère, de doute, et d’idées.

 

Bande-annonce :

 

 

 

 

 

 

43. MELANCHOLIA

 

Réalisé par Lars Von Trier

Difficile de mettre des mots sur l’expérience qu’est Melancholia. Divisé en deux parties, chacune adoptant le point de deux sœurs. La première se concentre sur le mariage de Justine (brillamment incarnée par Kirsten Dunst), et la seconde sur sa sœur Claire (Charlotte Gainsbourg, habituée des films de Lars Von Trier), à l’aube d’une potentielle catastrophe naturelle. Dans ce mariage censé représenter l’amour, le bonheur et célébrer la vie, le réalisateur Danois vient le prendre à revers, pour en dépeindre la destruction des rapports familiaux, et sociaux, à travers l’état psychologique de Justine. Dans la deuxième partie, à l’approche de cette catastrophe, il est intéressant d’observer les différents comportements humains, ici radicalement différents chez Claire, son mari (Kiefer Sutherland rarement vu aussi juste), et sa sœur Justine. Lars Von Trier varie sa mise en scène, entre une caméra épaule quasi documentaire, et des séquences au ralenti ressemblant à des tableaux, et propose un film aussi beau que cruel sur la fin du monde.

 

Bande-annonce :

 

 

 

 

 

 

42. A GHOST STORY

 

Réalisé par David Lowery

Prix du Jury, de la Critique, et de la Révélation au Festival de Deauville 2017, A Ghost Story raconte l’histoire du fantôme d’un homme revenant observer sa femme en deuil, et la vie qui fût la sienne. Ici, rien d’effrayant. Le fantôme est représenté comme pourrait le dessiner un enfant de 7 ans : une silhouette sous un drap blanc, avec des trous pour les yeux. L’histoire se déroule de son point de vue, et non de la personne qu’il hante. Le temps n’a plus d’emprise sur lui, les époques défilant aussi vite que les jours pour lui. À travers ce que ressent le fantôme, nous sommes confrontés à la notion de deuil, de l’empreinte qu’on laisse derrière nous, et au temps qui passe. Le film se compose de nombreux plans séquences assez longs, mais la photographie est magnifique et s’en dégage une telle mélancolie qu’il est difficile d’y rester insensible. Il y a peu de dialogues, mais le silence du fantôme veut parfois dire plus qu’il n’y paraît. Il contemple le monde avancer sans lui, sans rien pouvoir y faire, ni trouver ce qui lui permettra d’enfin se reposer. A Ghost Story est une véritable expérience sensorielle, expérimentale, dont la forme pourra en laisser certains sur le carreau, mais c’est une réflexion profonde sur la mort, et de l’empreinte qu’on laissera sur le monde.

 

Bande-annonce :

 

 

 

 

 

 

41. J'AI RENCONTRÉ LE DIABLE

 

Réalisé par Kim Jee-Woon

Je ne répèterai jamais assez que le cinéma Coréen est extrêmement intéressant, avec cette poignée de grands cinéastes ayant émergé depuis les années 2000. Kim Jee-woon en fait clairement partie, et nous offre ici son film le plus sombre et sanglant de sa carrière. J’ai Rencontré le Diable définit probablement le mieux ce qu’est un film de vengeance. Après avoir perdu un être cher des mains d’un tueur en série, Soo-Hyun va entreprendre une traque implacable de ce tueur, et lui faire endurer les pires souffrances possibles pour se venger. On est donc plongés dans un jeu du chat et de la souris impitoyable, et absolument jusqu’au-boutiste. Si vous aimez les films violents au ton grinçant, et que le postulat du film de vengeance vous intéresse, foncez, c’est tout simplement un des meilleurs films du genre.

 

Bande-annonce :

 

 

 

 

 

 

40. AMOUR

 

Réalisé par Michael Haneke

Palme d’Or en 2012, ce film de Michael Haneke réunit deux grands acteurs Français, Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva. Amour raconte l’histoire de Georges et Anna, un couple d’octogénaires, qui devra faire face aux graves problèmes de santé d’Anna, après qu’une attaque cérébrale lui ait paralysé un côté du corps. Vous vous doutez bien que vu le pitch, ce n’est clairement pas une histoire joyeuse. Cependant, ce n’est pas larmoyant non plus. Dans ce huis-clos, l’enjeu est de voir comment, par l’amour qui les unit, ce couple tentera de faire face à cette terrible épreuve, en gardant leur dignité. La mise en scène permet de très beaux moments, explorant les recoins de cet appartement pour y dépeindre un beau et tragique drame intimiste sur la vieillesse. Jean-Louis Trintignant est d’une justesse encore épatante à son âge, et Emmanuelle Riva livre une performance impressionnante de lâcher-prise corporel, nous mettant face à l’impuissance que peut provoquer une maladie. Un film aussi beau qu’il est dévastateur.

 

Bande-annonce :

 

 

 

 

 

39. TEL PÈRE, TEL FILS

 

Réalisé par Hirokazu Kore-Eda

Deux familles apprennent que leurs fils ont été échangés à la naissance, et devront décider s’ils feront à nouveau l’échange pour élever leur enfant biologique. Avant sa Palme d’Or en 2018 pour Une Affaire de Famille, Hirokazu Kore-eda avait remporté le Prix du Jury pour Tel Père tel Fils en 2013. Dans ce drame intimiste, le cinéaste Japonais explore à nouveau les thématiques qui lui sont chères comme les liens familiaux, et va se pencher plus particulièrement sur le père d’une des deux familles, pour traiter le lien avec son fils. On a également une opposition sociale à travers ces deux familles, l’une vit très modestement en banlieue, et l’autre dans un appartement classieux à Tokyo. Ce père, très travailleur et soucieux que son fils soit au top socialement et intellectuellement, éprouve des difficultés à se lier à lui, considérant qu’il n’est pas à la hauteur de ses attentes. C’est pour cela qu’en apprenant que ce n’est pas son fils biologique, il lui vient l’idée de faire l’échange pour retrouver son vrai fils, qui est censé plus lui ressembler. Cependant, les liens de parenté ne font pas tout, et c’est ce que devra réaliser ce père. Cette histoire est d’autant plus forte qu’elle se passe au Japon, puisque c’est un peuple qui éprouve une grande difficulté à exprimer clairement leurs émotions, pour rester digne en toute situation. Kore-eda nous livre une nouvelle fois un très beau et émouvant drame familial, avec la délicatesse d’écriture et de mise en scène qui fait sa patte.

 

Bande-annonce :

 

 

 

 

 

 

38. THE GHOST WRITER

 

Réalisé par Roman Polanski

Un écrivain est choisi pour continuer d’écrire les mémoires d’un ancien Premier Ministre, après la mort mystérieuse de son prédécesseur. Roman Polanski livre probablement ici un de ses meilleurs films, avec ce passionnant thriller politique. Bien aidé par Ewan McGregor, toujours aussi impeccable, et Pierce Brosnan qui tient probablement un de ses rôles les plus intéressants de sa carrière. Le scénario, adapté du roman de Robert Harris, est d’une intelligence remarquable, entretenant rigoureusement le mystère, pour mieux déployer la force de son jeu de marionnettes. Un récit dans lequel le cinéaste se permet d’attaquer frontalement l’hypocrisie politique et l’impérialisme américain. Sa mise en scène, élégante et subtile, offre une maîtrise du suspense presque Hitchcockienne. A ce titre, les 15 dernières minutes sont absolument magistrales, un vrai sommet de tension aussi virtuose que terrifiant.

 

Bande-annonce :

 

 

 

 

 

 

37. INSIDE LLEWYN DAVIS

 

Réalisé par Joel et Ethan Coen

En allant moins à fond dans la comédie absurde qu’à l’accoutumée, les frères Coen proposent ici un drame intimiste, à l’atmosphère chaleureuse, ponctué par quelques touches d’humour. On va suivre ici pendant quelques jours les tribulations de Llewyn Davis (campé par Oscar Isaac), un chanteur folk en quête de succès, à travers le New-York des années 60. Ce personnage est très attachant, car il est profondément humain. Il traîne ses qualités et ses défauts au quotidien, et c’est intéressant parce qu’on ne peut pas vraiment complètement prendre parti pour ou contre lui, puisque par moments on le plaint et on voudrait qu’il réussisse, mais il s’avère aussi parfois désagréable et irresponsable, ce qui ne l’aide vraiment pas. Avec ce personnage de musicien, on a droit à quelques séquences de musique folk qui participent à la douceur de l’atmosphère du film. On y retrouve notamment Justin Timberlake, mais aussi Carey Mulligan, et Adam Driver donnant modestement de leur voix avec Oscar Isaac. La photographie du Français Bruno Delbonnel (Harry Potter 6, Amélie Poulain), offrant de très beaux jeux de lumières, et une colorimétrie s’accordant parfaitement avec l’hiver ambiant. Grand prix à Cannes en 2013.  

 

Bande-annonce :

 

 

 

 

 

 

36. THE HOUSE THAT JACK BUILT

 

Réalisé par Lars Von Trier

En 2018 Lars Von Trier signe son retour très attendu dans les salles obscures, avec The House that Jack Built, contant l’histoire de Jack (brillamment interprété par Matt Dillon), un ingénieur solitaire, et tueur en série à ses heures perdues. C'est un film d'une densité remarquable, tant sur la forme, que le fond. Il dispose en effet de plusieurs grilles de lecture : une comédie noire sur un serial-killer, une introspection du cinéaste Danois sur son rapport à l’Art, ou bien une descente dans les profondeurs les plus sombres de l’âme humaine, tentant d’apporter une réflexion sur le Mal. Comme pour Melancholia, Lars Von Trier use d’une mise en scène naturaliste, au plus près des personnages, mais prend le temps de composer de superbes cadres picturaux, comme celui sur l’image ci-dessus, reproduisant La Barque de Dante, le célèbre tableau de Delacroix. Un des films les plus intéressants de la décennie.

 

Vous pouvez retrouver la critique complète ici.

 

Bande-annonce :

 

 

 

 

 

 

35. READY PLAYER ONE

 

Réalisé par Steven Spielberg

Adapté du livre du même nom, Ready Player One est un film ayant énormément divisé à sa sortie. Pour ma part, en témoigne de sa place dans ce Top, c’est un des blockbusters les plus aboutis et intéressants de la décennie. La présence de Steven Spielberg derrière la caméra n’y est clairement pas pour rien. Le cinéaste propose des séquences d’action ébouriffantes, à l’image de cette course-poursuite dantesque au début du film, ou cette grande guerre pendant le climax. Ready Player One c’est aussi une façon de s’interroger sur notre rapport à la pop-culture. La plupart des critiques négatives décriaient l’impressionnant flot de références au sein du film, alors que celles-ci font simplement parti d’un décor, qui ne nécessite pas de toutes les identifier. Bien au contraire, dès le départ de la course-poursuite lorsqu’un personnage s’enthousiasme de reconnaître la moto du film Akira, son ami lui fait comprendre que c’est sur le pilote qu’il faut porter son attention. Un moyen de dire que simplement citer des références ne suffit pas, ce qui compte c’est la façon de les utiliser, d’en parler, comment se les approprier pour créer quelque chose d’unique. Il est aussi intéressant de voir que parmi ces références, on y trouve certaines des œuvres de Spielberg, comme Jurassic Park, ce qui lui permet au passage de se questionner sur son propre héritage culturel. On retrouve dans le casting notamment le jeune Tye Sheridan (Tree of Life, Mud), mais aussi Ben Mendelsohn (Rogue One : A Star Wars Story), décidément à l’aise pour jouer les antagonistes. La post-production du film fût tellement longue du fait des nombreux effets spéciaux, que le cinéaste a tourné, et sorti quelques mois avant Pentagon Papers, un drame politique hautement maîtrisé, prouvant qu’il en a encore pas mal dans le réservoir, même à plus de 70 ans. Steven Spielberg convoque ici tout son génie de mise en scène pour proposer un film grand spectacle, tout en gardant une portée thématique intimiste, et gardant les yeux rêveurs.

 

Bande-annonce :

 

 

 

 

 

 

34. BOYHOOD

 

Réalisé par Richard Linklater

L'existence même de ce film est assez dingue. Pour cause, Richard Linklater et son équipe ont tourné quelques jours chaque année pendant 12 ans, pour suivre l'évolution d'un petit garçon et suivre sa vie durant son enfance et son adolescence. S'en dégage une vérité très touchante, pourtant très difficile à tenir sur un tournage aussi éparse et long. Le projet aurait pu se perdre en chemin maintes et maintes fois au cours des années, mais il n'en est rien. On suit cet enfant et sa famille traverser leur vie avec une authenticité remarquable sublimant chaque petit moment anodin d'une vie. A ce titre, il est fort probable que vous vous reconnaissiez dans le parcours de Mason, incarné avec brio par le jeune Ellar Coltrane, que l'on voit donc littéralement grandir à l'écran.

 

Bande-annonce :

 

 

 

 

 

 

33. JUSTE LA FIN DU MONDE

 

Réalisé par Xavier Dolan

Attendu au tournant après le grand succès de Mommy en 2014, Xavier Dolan revient cette fois avec l'adaptation d'une pièce de théâtre, épaulé par un casting de talent. Pari réussi puisqu'après le Prix du Jury, , le jeune cinéaste remporte cette fois le Grand Prix du Festival de Cannes. Mis à part une séquence de balade en voiture, on a affaire ici à un huit-clos, prenant place lors d'un repas de famille. Louis (Gaspard Ulliel) revient après 12 ans d'absence chez lui pour renouer avec sa famille mais aussi leur annoncer qu'il va mourir. Dolan en profite pour utiliser à foison les très gros plans qu'il affectionne, pour capter au mieux les émotions des personnages, accentuant cette impression d'enfermement psychologique. En effet, ce qui est intéressant ici, c'est le fait que cette famille n'arrive pas à se dire les choses. Chacun aurait quelque chose sur le cœur à dire à l'autre, mais éprouve d'immenses difficultés à l'exprimer. Le malaise généré par l'absence et le retour soudain de Louis bouleverse ses proches, et les voir s'efforcer de passer un bon moment est d'autant plus triste qu'une bombe est sous la table dans les mains de Louis. Marion Cotillard a rarement été aussi douce et touchante, mais le plus surprenant s'avère être Vincent Cassel, qui se sert des capacités qu'on lui connaît pour offrir un tourbillon d'émotions aussi impressionnant que désarmant. Dolan aime diriger ses acteurs et les sublimer à l'image, ce qui permet de faire ressortir des choses qu'on a pas forcément l'habitude de voir chez eux, pour notre plus grand plaisir. Un drame familial émouvant dont la tension rend parfois l'expérience suffocante. Mention spéciale au talent de Xavier Dolan pour utiliser la musique, pour preuve cette séquence sur fond de O-Zone, choix improbable mais qui fonctionne très bien. Je vous laisse avec cette excellente bande-annonce, qui donne un bel aperçu du programme.

 

Bande-annonce :

 

 

 

 

 

 

32. AD ASTRA

 

Réalisé par James Gray

James Gray livre ici son film le plus ambitieux, et probablement un de ses meilleurs. Il est vrai que j'aurais pu choisir The Lost City of Z, son précédent film, tant ils se ressemblent, si bien qu'on pourrait les considérer comme les deux faces d'une même pièce, avec la quête du père pour le premier, et celle du fils pour le second. Mais personnellement, c'est Ad Astra qui me parle et me fascine le plus. Ce voyage spatial, construit comme une thérapie pour le Major McBride, parti retrouver son père disparu depuis 16 ans, dont l'héritage et l'absence le pèse, est assez émouvant. Il devra apprendre à se libérer de cette emprise paternelle, et s'ouvrir à ses émotions, qu'il contient rigoureusement depuis toutes ces années. Brad Pitt a rarement été aussi bouleversant, et la mise en scène élégante de James Gray, couplée à la photographie Hoyte Van Hoytema (Interstellar, Dunkerque, Her) propose des moments de cinéma d'une beauté folle. Une odyssée spatiale plus introspective que spectaculaire, mais proposant tout de même de sublimes séquences d'action. Avec Ad Astra, James Gray confirme une nouvelle fois qu'il est un cinéaste majeur du 21ème siècle.

 

Vous pouvez retrouver la critique complète ici.

 

Bande-annonce :

 

 

 

 

 

31. TAKE SHELTER

 

Réalisé par Jeff Nichols

Avant de sortir Mud, Jeff Nichols avait déjà frappé fort avec Take Shelter. L’excellent Michael Shannon incarne ici Curtis, un ouvrier qui deviendra sujet à de terribles cauchemars apocalyptiques dont la vision d’une tornade l’obsède. Ces rêves provoqueront chez lui un comportement paranoïaque que sa famille aura du mal à comprendre. Nichols met un point d’honneur à troubler la perception du spectateur, ne sachant pas, jusqu’à la fin, si les visions de Curtis sont réellement prémonitoires, ou le fruit de son esprit malade. On se retrouve alors en empathie avec sa femme (Jessica Chastain), partagée entre la peur et l’envie de le soutenir. A l’instar de Lars Von Trier et son Melancholia, Jeff Nichols s’intéresse au comportement humain face à la vision apocalyptique, qui viendra ici empoisonner l’esprit du personnage, et affecter sa famille, ses collègues, mais aussi son milieu social. Take Shelter est un thriller psychologique palpitant, ne tombant jamais dans la surenchère, proposant une mise en scène au cordeau, et des séquences oniriques terrifiantes, où la nature se déchaîne.

 

Bande-annonce :

 

 

 

 

 

 

30. MEKTOUB, MY LOVE : CANTO UNO

 

Réalisé par Abdellatif Kechiche

 4 ans après sa Palme d’Or pour La Vie d’Adèle, Abdellatif Kechiche revient avec Mektoub my Love, première partie donc d’un récit ensoleillé. J’y allais avec pas mal d’aprioris, mais il aura suffi de quelques minutes seulement pour m’emporter jusqu’au bout. Kechiche arrive avec sa caméra à sublimer ces corps, sous un soleil brûlant tel le désir qui les anime. Le choix de prendre pour la plupart des acteurs inexpérimentés, lui permet d'en tirer quelque chose de magnifiquement vrai, et qui s’imposeront comme de véritables révélations. Rappelant Conte d'été d'Eric Rohmer, Mektoub my Love est un délicieux moment ensoleillé, nous ramenant à des instants de notre vie, avec tous ces petits riens qui font la beauté de la vie, de la jeunesse, et des vacances d'été.

 

Bande-annonce :

 

 

 

 

 

29. ONCE UPON A TIME... IN HOLLYWOOD

 

Réalisé par Quentin Tarantino

Le 9ème film de Quentin Tarantino s’inscrit dans un registre dans lequel on ne l’attendait pas forcément. Au lieu du cocktail survolté de violence habituel, cette fois, le cinéaste prend son temps et contemple, calmement. Une contemplation d'une époque révolue, dont il affectionne particulièrement le cinéma et ses figures. Once Upon a Time in Hollywood est, comme son nom l’indique, un véritable conte de fées, prenant la forme d’une balade de 3 jours à Los Angeles en 1969, au rythme du quotidien de Rick Dalton, un acteur de série TV en passe d'être "has been", son cascadeur et ami Cliff Booth, mais aussi de Sharon Tate, actrice prometteuse et femme de Roman Polanski, avant qu'elle ne soit sauvagement assassinée par les sbires du gourou Charles Manson. Une occasion pour Tarantino de jouer avec la frontière entre le réel et le fictif une nouvelle fois après Inglourious Basterds. Leonardo DiCaprio et Brad Pitt sont absolument géniaux (surtout ce dernier qui atteint un sommet du cool), offrant des séquences destinées à devenir cultes, et Margot Robbie illumine le métrage à chacune de ses apparitions, rendant hommage à la joie de vivre de la regrettée Sharon Tate. Ce film est une véritable déclaration d’amour au cinéma, permettant au cinéaste de prouver que la fiction est le plus beau des refuges contre les horreurs de la réalité, même si ce n’est qu’éphémère. Un de ses meilleurs films et certainement son plus émouvant.

 

Vous pouvez retrouver la critique complète ici.

 

Bande-annonce :

 

 

 

 

 

28. DUNKERQUE

 

Réalisé par Christopher Nolan

C'est peut-être vendre la mèche un peu trop tôt, mais quand je vous parlais d'une exception à la règle de deux films par réalisateur, et bien la voilà. Il m'était impossible de ne pas parler des deux autres films, et en même temps, je tenais à placer celui-ci. Dunkerque semble être un aboutissement dans la carrière de Christopher Nolan. Ce film est une véritable expérience visuelle et sonore. En effet, toute la maîtrise de la mise en scène du cinéaste est déployée, dans un récit encore une fois jouant avec les temporalités, mais surtout, le travail du son est ici particulièrement impressionnant. L'ambiance visuelle et sonore permet au spectateur un sentiment d'immersion totale, donnant l'impression d'être réellement sur ce champ de bataille et de ressentir chaque balle tirée ou chaque bombe explosant à proximité. A cela s'ajoute la bande-son d'Hans Zimmer, renforçant davantage la tension. Dunkerque est une expérience cinématographie des plus saisissantes, dans laquelle il faut se plonger totalement, pour en prendre la pleine mesure. Probablement le meilleur film de guerre depuis longtemps.

 

Bande-annonce :

 

 

 

 

 

 

27. DRIVE

 

Réalisé par Nicolas Winding Refn

Si vous cherchez un énième film d’action à la Fast & Furious, passez votre chemin. Drive oscille plutôt entre le film de braquage, et le mélodrame. C’est cette constante opposition entre un monde violent, et un monde de sentiments, qui parcourt le film, pouvant passer d’un baiser à un crâne fracassé en quelques secondes. C’est le déchirement de ces regards et s