THE HOUSE THAT JACK BUILT - CRITIQUE

October 17, 2019

Réalisation : Lars Von Trier

 

Acteurs : Matt Dillon, Bruno Ganz, Uma Thurman, Riley Keough

 

Date de sortie : 17 octobre 2018

 

Genre : Comédie dramatique

 

Durée : 2h35

 

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Environ 5 ans après Nymphomaniac, Lars Von Trier signe son retour très attendu dans les salles obscures, mais surtout au Festival de Cannes, en Hors Compétition. Le réalisateur était déclaré persona non grata sur la Croisette depuis une malheureuse conférence de presse pour Melancholia où il s’était très très mal exprimé, mais l’eau a coulé sous les ponts, et il lui a été permis de revenir présenter son nouveau long-métrage.

 

Retour fracassant, puisqu’une centaine de personnes ont quitté la projection, jugeant le film « insoutenable ». Alors très clairement, cette réaction est un peu exagérée, pour plusieurs raisons : d’une part, le film est effectivement violent et contient plusieurs plans difficiles à regarder, mais bon, on a déjà vu bien pire ; d’autre part, c’est un film de Lars Von Trier sur un tueur en série, vous savez très bien ce que vous allez regarder en rentrant dans la salle ! À titre de comparaison, personne n’est sorti avant la fin lors des 2 séances auxquelles j’ai assisté. On mettra ça sur le dos de l’euphorie Cannoise…

 

Revenons-en au film. The House that Jack Built (tiré du nom d’une comptine, symbolisant aussi la volonté du personnage de se construire une maison) propose l’histoire de Jack, un ingénieur, mais également tueur en série à ses heures perdues. À travers une discussion où il revient sur sa vie avec un dénommé « Verge », le récit se trouvera séquencé en 6 parties : 5 « incidents » (des meurtres, en fait) et un épilogue.

Comme dans ses autres films, le cinéaste adopte une  mise en scène très naturaliste, presque documentaire, qui, avec ses nombreux balayages et zooms sur les visages n’est pas sans rappeler la série The Office (US). Si je fais ce parallèle, c’est aussi pour parler d’une volonté commune de contraster une situation dramatique (toutes proportions gardées), en créant un décalage humoristique. Car The House that Jack Built est une véritable comédie noire, hilarante pour peu que vous soyez réceptifs à ce type d’humour.

 

Le décalage est souvent apporté par le personnage de Jack, brillamment interprété par Matt Dillon, qui malgré toutes les atrocités commises, est guidé par ses pulsions mais freiné par ses angoisses (perfectionnisme, obsession pour la propreté…). Il est intelligent,  disserte tout au long du film sur l’Art, la création d’une œuvre (c’est un peu L.V.T. qui se questionne sur son propre rapport au cinéma), comme parallèle au meurtre, mais peut également se trouver très maladroit. Ce parti pris est intéressant car Lars Von Trier ne fait jamais l’apologie du meurtre, au contraire juge son personnage et ses actes, notamment par le biais de Verge (joué par le regretté Bruno Ganz), qui le remettra à sa place de nombreuses fois en cas d’arrogance ou de mauvaise foi, mais il réussit grâce à tous ces défauts à rendre Jack presque attachant et à faire ressentir de l’empathie au spectateur pour sa quête.

Lors de son épilogue aussi brillant que barré, le cinéaste nous embarque dans une réécriture de La Divine Comédie de Dante où il visite les enfers accompagné de Virgil (Virgil, Verge… tiens donc), et se permet notamment un élan stylistique incroyable où il va reproduire le tableau de Delacroix, La Barque de Dante (photo ci-dessus). Oui, ceci est un vrai plan du film.

 

Il est difficile de mettre des mots sur ce métrage, tant il est dense. Il dispose en effet de plusieurs grilles de lecture : une comédie noire sur un serial-killer, un film méta dans lequel Lars Von Trier s’interroge sur son rapport à l’Art, ou bien une descente dans les profondeurs les plus sombres de l’âme humaine, tentant d’apporter une réflexion sur le Mal. À vous de voir quelle interprétation vous parlera le plus, ou peut-être bien qu’elles vous intéresseront toutes !

 

Le film est subversif, violent, sadique, et ne vous laissera définitivement pas indifférent. Cependant, il est aussi très drôle et fascinant. Assurément un des meilleurs films de l’année 2018, et un des plus intéressants de cette décennie.

 

 

Bande-annonce :

 

 

 

 

 

 

 

 

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