• Vincent Pelisse

FESTIVAL DE DEAUVILLE 2019

Mis à jour : avr. 5


Présidé par l'immense Catherine Deneuve, la 45ème édition du Festival de Deauville fût assez réjouissante pour moi et mes camarades. Une semaine, 24 films vus dont 10 sur les 14 en compétition, et quelques coups de coeur. Dans le cadre des divers hommages aux personnalités du cinéma qui se sont rendues au Festival, j'ai pu aussi profiter de revoir d'anciens films sur grand écran comme : La Mouche de David Cronenberg, The Ghost Writer de Roman Polanski, Beetlejuice de Tim Burton, Thelma et Louise de Ridley Scott, Pirates des Caraïbes de Gore Verbinski, mais aussi découvrir Public Enemies de Michael Mann. Dans cet article je parlerai en détail des films que j'ai pu voir dans la compétition, mais aussi des avant-premières. Pour finir je ferai un Top des films de la Compétition que j'ai pu voir. C'est parti pour un retour sur mon deuxième Festival du Cinéma Américain de Deauville !

COMPÉTITION

HAM ON RYE

Réalisé par Tyler Taormina

Le film de Tyler Taormina démarrait plutôt bien, avec ce récit choral centré sur des jeunes allant à une fête symbolisant un rite de passage. On sent que le cinéaste s'amuse à étudier les visages et le langage corporel de ces ados durant leurs interactions, et c'est assez sympathique. On a également quelques séquences musicales, qui semblent confirmer quelques inspirations du côté de Richard Linklater. Le rythme est assez lent, mais l'ambiance est intéressante. Sauf que ces petites choses ne durent que jusqu'à la fin de la fête (au bout d'environ 50min sur 1h25). Après, il ne se passe plus rien du tout, et cette lenteur déjà présente est étirée à l'extrême, jusqu'à la fin du métrage. Dommage, car il y avait matière à étoffer cette étude comportementale.





KNIVES AND SKIN

Réalisé par Jennifer Reeder

Alors là, autant ne pas aller par quatre chemins : c'est un des pires films que j'ai vu de ma vie. Une intrigue qui défie tout bon sens, et des dialogues sortis tout droit d'un épisode de la série Au Nom de la Vérité sur TF1, et interprétés avec un talent qu'un certain Tommy Wiseau n'aurait pas renié. Ce qui est encore plus agaçant, c'est qu'après avoir passé 1h et 50 minutes assez douloureuses, on a droit à des propos complètement lunaires de la réalisatrice. En effet, celle-ci a déclaré en conférence de presse qu'elle s'était inspiré du travail de Dario Argento, ainsi que de Blue Velvet et Twin Peaks de David Lynch. A se demander si elle a véritablement compris ces oeuvres. Mais elle ne s'arrête pas là, puisqu'elle a ajouté "peut-être qu'un jour David Lynch s'inspirera de Jennifer Reeder". Voilà. Je vous laisse méditer là-dessus.





THE PEANUT BUTTER FALCON

Réalisé par Tyler Nilson et Michael Schwartz

Le feel-good movie de la compétition est là. C'est également un road movie, dans lequel un jeune garçon atteint de trisomie va s'échapper d'un centre médicalisé, et tenter de rejoindre l'école de catch de son idole, avec l'aide d'un pêcheur fuyant sa vie (Shia LaBoeuf), tandis que sa référente du centre (Dakota Johnson) essaye de le retrouver. Une épopée touchante et amusante, dans laquelle l'acteur Zack Gottsagen fait preuve d'un certain talent, ce qui est assez inspirant. Le film est reparti avec le Prix du Public.





WATCH LIST

Réalisé par Ben Rekhi

Un film américain tourné aux Philippines se concentrant sur la l’action radicale du gouvernement Philippin envers les trafiquants et les consommateurs de drogues. On va se concentrer sur le destin d’une famille et plus précisément sur la mère. Le film est esthétiquement réussi, étant plutôt bien filmé et éclairé. Cependant, on repère facilement les ficelles du scénario, et le dilemme du personnage principal reste assez artificiel. On peine à rester intéressé par l’intrigue, qui peine à véritablement décoller avant les 30 dernières minutes.





THE CLIMB

Réalisé par Michael Angelo Covino

Passé d’abord par la sélection Un Certain Regard à Cannes, The Climb obtient le Prix du Jury cette année à Deauville. Ce buddy movie écrit par les 2 acteurs principaux et réalisé par un des deux compères, Michael Angelo Covino, était une comédie dramatique rafraîchissante. L’histoire d’une bromance mise à l’épreuve par les actions de Michael, qui a tendance à tout faire foirer et à énerver son ami Kyle. L’humour fait mouche, grâce à une écriture assez fine et inspirée, et le travail sur la caméra est assez intéressant. En effet, le récit est construit en plusieurs chapitres (aux titres hilarants), et ces chapitres sont presque tous filmés entièrement en plan séquence, avec des choix d’angles intéressants et une gestion du hors-champ maîtrisée. Il est cependant regrettable que ces plans séquences donnent parfois ces coups de mou au récit, que quelques coupes auraient pu éviter. Toutefois, le duo comique arrive toujours à nous repiquer notre intérêt avec des séquences très amusantes. Petit coup de cœur pour ce film.

SKIN

Réalisé par Guy Nattiv

Guy Nattiv signe certainement ici le film coup de poing de la compétition cette année. Inspiré de faits réels, on va suivre Bryon « Babs » Widner, membre d’un club de suprémacistes blancs et tatoué au visage de signes racistes et nazis, qui va tenter de se sortir définitivement de son cercle familial et sectaire pour vivre une vie normale avec sa petite amie et ses enfants. Autant vous dire que les membres du club, et ses parents, qui en sont les dirigeants, ne sont pas des personnes agréables qui vont le laisser partir si facilement. C’est un film poignant, viscéral, avec des séquences de tension et de dialogues qui sauront vous tenir et haleine. Jamie Bell est très convaincant dans le rôle de Bryon, et la mise en scène nous emmène frontalement dans son univers et les souffrances qui l’accompagnent.





THE LIGHTHOUSE

Réalisé par Robert Eggers

Second film du réalisateur Robert Eggers après son très bon The Witch, c’est LA claque cinématographique de cette compétition. Personnellement, j’avais déjà eu l’occasion de le voir en avant-première lors de la reprise de la Quinzaine des Réalisateurs à Paris, après Cannes, et ce second (et nécessaire) visionnage fut encore plus appréciable que le premier. The Lighthouse est une œuvre déroutante venant sonder la folie humaine, à travers deux gardiens de phare coincés sur une île, et représentés à l’écran par Robert Pattinson et Willem Dafoe, absolument démentiels. Le film est aussi intéressant dans le fond, qu’il l’est dans la forme.

En effet, le cinéaste a opté pour un format d’image carrée en 1 :1 et a tourné avec une pellicule 35mm en noir et blanc, dont le grain verdâtre rappelle les films muets des années 20-30 de F.W. Murnau, par exemple. Le travail de mise en scène est tout à fait incroyable, tirant parti avec une grande maîtrise du style visuel, offrant ainsi des plans aussi beaux que perturbants. Le film est reparti avec le deuxième Prix du Jury, mais il est difficile de comprendre comment le Prix de la Critique n’a pu lui être décerné, tant c’est une œuvre dense, brillante à tous les niveaux, et très largement au-dessus des autres films de la compétition. Un des meilleurs films de l’année, tout simplement.





MICKEY AND THE BEAR

Réalisé par Annabelle Attanasio

Mickey vient d’avoir 18 ans, et vit seule avec son père, ancien soldat et atteint de stress post-traumatique, dont elle s’occupe au quotidien. Il est question ici de comment Mickey va arriver à gérer sa vie et ses ambitions, et son père, alcoolique, caractériel, et violent. Camila Morrone livre une performance solide en tant que Mickey, et James Badge Dale, un habitué des seconds rôles rend le personnage de Hank très intense, et la fragilité de sa relation avec sa fille est démontrée assez justement. Si le traitement des troubles du père n’est pas particulièrement original, on peut au moins compter sur les performances pour donner du relief à cette histoire, qui ne restera pas dans les mémoires bien longtemps.





SWALLOW

Réalisé par Carlo Mirabella-Davis

Swallow raconte l’histoire d’Hunter, une jeune femme qui va commencer à avaler des petits objets (parfois contondants) pour pallier à la perte de contrôle de sa vie personnelle. Assez réservée, elle est souvent confrontée à l’influence de son mari et sa riche famille pour tout ce qui concerne leurs choix de vie. Cette histoire a le mérite d’être originale, et l’on sent chez le jeune cinéaste une inspiration du côté de chez Yorgos Lanthimos, avec une mise en scène assez précise, et une direction artistique très soignée, en contraste avec ce récit très glauque et viscéral (sans mauvais jeu de mots). L’actrice Haley Bennett est remarquable et nous offre des moments de terribles moments de malaise. Le film repart avec le Prix Spécial du Festival, que le Jury a décidé de créer pour récompenser le travail de son réalisateur.





PORT AUTHORITY

Réalisé par Danielle Lessovitz

C’est l’histoire de la rencontre entre Paul, un jeune homme essayant de s’installer à New-York, et Wye, une jeune femme transgenre, membre d’une « famille » de danseurs Queers. C’est avant tout une histoire d’amour, mettant en avant les difficultés que l’on peut avoir à s’accepter, trouver sa place dans une nouvelle ville, dans une communauté, ou dans sa vie. La thématique LGBTQ est très présente mais jamais trop appuyée, on se concentre surtout sur les personnages en tant qu’êtres humains et non par rapport à leur orientation sexuelle. C’est tout de même présent dans l’intrigue, mais à un degré moindre, l’histoire d’amour et le parcours de Paul étant centraux ici. Un joli premier film, avec une belle performance notamment de Leyna Bloom.

PREMIÈRES

UN JOUR DE PLUIE A NEW YORK

Réalisé par Woody Allen

Après les très bons Café Society, L’Homme Irrationnel, Wonder Wheel, Woody Allen revient avec son nouveau film Un Jour de Pluie à New-York, accompagné cette-fois d’un casting plus jeune. On y retrouve notamment Timothée Chalamet, Elle Fanning, Selena Gomez, mais aussi des acteurs plus expérimentés comme Jude Law, ou Liev Schreiber. Sublimés par la photographie lumineuse du célèbre Vittorio Storaro (Apocalypse Now), les jeunes acteurs s’adonnent à un chassé-croisé amoureux dynamique et rafraîchissant. On tient peut-être là la meilleure performance d'Elle Fanning, tandis que Chalamet reste sobre et subtil dans le peau du double du cinéaste. Le retour de Woody Allen dans sa ville natale est pour lui l’occasion d’en faire un personnage silencieux, mettant le désordre dans la vie personnelle des protagonistes. En effet, cette histoire montre qu’un nouveau contexte avec de nouvelles opportunités aussi exceptionnelles que peut offrir la Grosse Pomme peut chambouler du tout au tout une idylle. C’est bien la ville où tout est possible, et le cinéaste s’amuse à accumuler les péripéties et rencontres fortuites, qui viendront bouleverser les plans de ces jeunes gens. Un film mineur dans la très dense carrière de Woody Allen, mais pas moins réjouissant.





WAITING FOR THE BARBARIANS

Réalisé par Ciro Guerra

Johnny Depp et Mark Rylance sont venus présenter ce film, en même temps que l’hommage rendu au premier cité, et autant dire que ce n’est pas vraiment un film passionnant. Le sujet pouvait être intéressant mais ni le scénario, ni la mise en scène ne parviennent à le transcender. Reste Mark Rylance qui livre une belle performance, comme d’habitude. Le reste du casting est en sous-régime. Oubliable.




AMERICAN SKIN

Réalisé par Nate Parker

Après The Birth of a Nation, le cinéaste et acteur Nate Parker revient avec American Skin, un film soutenu par Spike Lee, pour faire état des problèmes raciaux aux États-Unis. Il fait de son nouveau film, un faux documentaire, suivant un père ayant perdu son fils, tué lors d’une bavure policière. Autant dire que lorsque le récit prend la tournure d’un procès improvisé, on assiste à des moments de tension et des dialogues assez intéressants. Le cinéaste ne cherche pas la subtilité, il va frontalement aborder les problèmes sans épargner qui que ce soit. La démarche est parfois trop peu nuancée, mais l’ensemble est très efficace et le propos plus que nécessaire.





TOUT PEUT CHANGER, ET SI LES FEMMES COMPTAIENT À HOLLYWOOD ?


Le documentaire produit par Geena Davis sur la place des femmes à Hollywood est pétri de bonnes intentions, et beaucoup de choses intéressantes et nécessaires sont abordées, mais le montage plombe un peu le propos. Les témoignages s’enchaînent trop rapidement pour pouvoir assimiler les différentes informations et données, et la plupart des films choisis pour illustrer le propos sont peu pertinents. Intéressant à voir tout de même, et bien évidemment nécessaire à notre époque.





TERRE MAUDITE

Réalisé par Emma Tammi

Le seul film d’horreur cette année à Deauville, et c’est assez dommage car on voit de belles choses en termes de mise en scène et d’ambiance, mais la façon dont le récit est construit avec le montage n’est pas très fluide. A chaque fois que l’on commence à être vraiment pris d’intérêt, un flashback survient, et brise le rythme du film. D’autant que laisser l’histoire se dérouler chronologiquement aurait eu davantage d’impact sur la psychologie des personnages, alors que tout semble décousu.





UNE VIE CACHÉE

Réalisé par Terrence Malick

C’était déjà mon plus gros coup de cœur du Festival de Cannes, et il me tardait de le revoir (l’attente jusqu’à la sortie en décembre était compliquée). Mon avis reste inchangé, c’est définitivement un grand film, et toujours aussi beau et fascinant que lors de sa découverte. C’est un des meilleurs films de l’année, et je vous en reparlerai au mois de décembre.





CUBAN NETWORK

Réalisé par Olivier Assayas

Olivier Assayas est venu présenter son nouveau film pour la clôture du Festival, et c’est un challenge intéressant puisque le réalisateur Français s’est essayé à une production américaine pour un film entièrement en Espagnol. Au casting on retrouve Edgar Ramirez, Penelope Cruz, Wagner Moura, Ana de Armas et Gael Garcia Bernal. Le film raconte l’histoire d’espions Cubains infiltrés aux USA dans les années 90. Après sa projection à la Mostra de Venise, le cinéaste a déclaré vouloir modifier le montage du film, et ce n’est pas plus mal, car si le postulat aurait pu être passionnant, le récit n’est absolument pas fluide, à cause d’un montage pas encore au point et probablement un scénario peu engageant. On est jamais vraiment pris d’intérêt pour les enjeux dramatiques, et c’est à se demander pourquoi Olivier Assayas a voulu faire ce film.




DOCUMENTAIRES

APOLLO 11

Réalisé par Todd Douglas Miller

Ce documentaire sur la mission Apollo 11 est très intéressant, surtout dans sa démarche visuelle, car il est entièrement constitué d’images d’archives de la NASA tournées à l’époque. Ces images sont vraiment fascinantes et on est plongés en immersion dans le processus de préparation et dans la mission des astronautes qui ont marché sur la Lune. C’est d’ailleurs une preuve que First Man, le film de Damien Chazelle sorti l’an dernier avec Ryan Gosling était terriblement réaliste dans sa reconstitution.





TOP de la Compétition

10. Knives and Skin

9. Ham on Rye

8. Watch List

7. Mickey and the Bear

6. Port Authority

5. The Peanut Butter Falcon

4. Swallow

3. Skin

2. The Climb

1. The Lighthouse

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